Érasme

Éloge de la folie

« Ne parlons pas du mal que l’homme fait à l’homme : il le ruine, l’emprisonne, le déshonore, le torture, lui tend des pièges, le trahit ; tout énumérer, avec les outrages, les procès, les escroqueries, ce serait compter des grains de sable. » p. 55

 

Il y a plus de cinq cents ans, l’écrivain et théologien humaniste néerlandais faisait paraître cet essai où il pourfendait les imbéciles, c’est-à-dire la vaste majorité des êtres humains : princes, marchands, moines, papes, rois, artistes, etc. La narratrice, la Folie, démontre éloquemment la bêtise des uns et des autres, avec ironie et humour. Le monde a-t-il vraiment changé ? Les extraits suivants répondent à la question :

« Et voici, parmi ces jeunes femmes, deux dieux : celui de la Bonne Chère et celui du Profond Sommeil. Ce sont là tous mes serviteurs, qui m’aident fidèlement à garder le gouvernement du Monde et à régner, même sur les rois. » p. 23

« Dites-moi si l’homme qui se hait soi-même est capable d’aimer autrui, si celui qui se combat  soi-même peut s’entendre avec quelqu’un, si celui qui est à charge à soi-même peut être agréable à un autre. Pour le prétendre, il faudrait être plus fou que moi. » p. 42

« La noble guerre est faite par des parasites, des entremetteurs, des larrons, des brigands, des rustres, des imbéciles, des débiteurs insolvables, en somme par le rebut de la société, et nullement par des philosophes veillant sous la lampe. » p. 44

« Puisque, aussi bien, le plus inhabile est aussi le plus satisfait de lui-même et le plus admiré, à quoi bon s’attacher au vrai savoir, qui est pénible à acquérir, rend ennuyeux et timide et n’est apprécié, en somme, que de si peu de gens ? » p. 78-79

« En somme,  si vous pouviez regarder les agitations innombrables de la Terre, [...] vous penseriez voir une foule de mouches ou de moucherons, qui se battent entre eux, luttent, se tendent des pièges, se volent, jouent, gambadent, naissent, tombent et meurent ; et l’on ne peut croire quels troubles, quelles tragédies, produit un si minime animalcule destiné à sitôt périr. Fréquemment, par une courte guerre ou l’attaque d’une épidémie, il en disparaît à la fois bien des milliers ! » p. 90

« Ils [les moines] estiment que la plus haute piété est de ne rien savoir, pas même lire. Quand ils braient comme des ânes dans les églises, en chantant leurs psaumes qu’ils numérotent sans les comprendre, ils croient réjouir les oreilles des personnes célestes. » p. 108

 

Les classiques des sciences sociales, UQAC, Livrel, 153 p.

 

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